bord


bord

bord [ bɔr ] n. m.
bort 1112; frq. °bord « bordage d'un vaisseau »
I
1Extrémité supérieure de chaque côté des bordages d'un navire. bâbord, tribord. Navire de haut bord, haut sur l'eau. Jeter (qqch., qqn) par-dessus bord, à la mer. Navires bord à bord, côte à côte.
2Chaque côté du navire, considéré par rapport au vent. Bord au vent, sous le vent. Virer de bord.
3Distance parcourue par un voilier entre deux virements ( bordée, 3o ). Tirer des bords. Bords plats, carrés, qui ne font pas progresser le voilier dans la direction du vent.
4Par ext. (À, DE, DU BORD). Le navire lui-même. Monter à bord ( abordage) . « Le capitaine me prit à son bord avec mon domestique » (Chateaubriand). Hommes du bord : l'équipage. Journal, livre de bord : compte rendu de la vie à bord tenu par les officiers de quart. Le capitaine est seul maître à bord après Dieu. Comm. Franco à bord. F. A. B., F. O. B. Par ext. (autres véhicules) À bord d'une voiture, d'un avion. « Le mitrailleur à bord de l'appareil » (Saint-Exupéry). Tableau de bord. Loc. Les moyens du bord, ceux qu'offre la situation. Il faudra se débrouiller avec les moyens du bord.
5(1849) Fig. Être du bord de qqn. Nous sommes du même bord, du même parti, de la même opinion. « Elle n'avait point de repos qu'elle n'eût fait se rencontrer chez elle ses amis de bord opposé » (Sainte-Beuve). Virer, changer de bord.
II(XIIe)
1Contour, limite, extrémité d'une surface. bordure, côté, périphérie, pourtour. Le bord de la mer. côte, 1. grève, littoral, 2. plage, rivage. Le bord, les bords de mer. Passer ses vacances au bord de la mer. Villa située en bord de mer. front. Le bord d'un fleuve, d'une rivière. rive; 1. berge. Se promener au bord de l'eau. Le bord d'un bois. lisière, orée. Le bord de la route. côté. Le bord d'une table. Verre plein jusqu'au bord. Plein à ras bord. Bord d'un vêtement; bord ourlé, festonné. Bord côtes : bande de tricot extensible terminant un vêtement. Loc. adv. BORD À BORD : en mettant un bord contre l'autre, sans les croiser. Adj. Manteau bord à bord.
Bords d'une plaie. lèvre.
2Spécialt Partie circulaire d'un chapeau, perpendiculaire à la calotte. 2. passe. Chapeau à large bord; à bord baissé, relevé, roulé.
3Fig. ÊTRE AU BORD DE (qqch.),en être tout près. Être au bord de la tombe, mourant. Au bord du précipice. Être au bord des larmes, près de pleurer. « Il semblait au bord même de l'aveu » (Martin du Gard). Loc. fam. SUR LES BORDS : légèrement, à l'occasion. « Il était un peu faux jeton sur les bords » (Queneau).
⊗ CONTR. Centre, intérieur, milieu; fond. Loin. ⊗ HOM. Bore, bort.

bord nom masculin (francique bord, bord d'un vaisseau) Partie de terre ferme contiguë à une étendue d'eau naturelle et qui en constitue la limite ; côte, rivage ; berge ; rive : Le bord d'une rivière. Les bords de la Seine. Limite supérieure d'une cavité, d'un récipient ; pourtour d'un orifice : Des verres remplis jusqu'au bord. Les bords d'une plaie. Partie extrême d'une surface : Le bord d'une feuille de papier. Astronomie Pourtour du disque d'un astre à diamètre apparent sensible (Soleil, Lune, planète). Chapellerie Synonyme de passe. Marine Le bateau lui-même : Les hommes du bord. Côté du navire considéré par rapport au vent. Vannerie Gros cordon en osier tressé, garnissant le haut d'un panier sur son pourtour. ● bord (citations) nom masculin (francique bord, bord d'un vaisseau) Marcel, dit Jean Guéhenno Fougères 1890-Paris 1978 Académie française, 1962 Nous restons au bord de nous-mêmes. La Foi difficile Grassetbord (expressions) nom masculin (francique bord, bord d'un vaisseau) À bord (d'un bateau, d'un véhicule), dans tel bateau, ou dans tel véhicule terrestre, aérien ou spatial. Bord à bord, se dit de deux parties placées de manière à se toucher, mais sans se recouvrir. Bord de mer, le littoral, les régions côtières, par opposition à l'intérieur. Bord de (la) route, limite latérale d'une chaussée et bande de terrain attenante. (Couler) à pleins bords, affluer, arriver en quantité surabondante. (Être) au bord de quelque chose (état), être sur le point de tomber dans un état, une situation critique : Un sportif au bord de la défaillance. Être au bord du gouffre, de l'abîme, du précipice, être près de la catastrophe. Être au bord des larmes, sur le point de pleurer. (Être) du bord de quelqu'un, du même bord (que quelqu'un), appartenir au même milieu, avoir les mêmes idées. Jeter, balancer quelque chose, quelqu'un par-dessus bord, le jeter du pont dans la mer ; s'en débarrasser de façon expéditive. Les moyens du bord, ceux que l'on a sous la main. Familier. Sur les bords, quelque peu, légèrement, ou, ironiquement, beaucoup : Un peu paresseux sur les bords. Virer, changer de bord, changer entièrement d'opinion. Journal ou livre de bord, registre contenant le compte rendu de ce qui ce passe à bord et de la navigation (se dit, en langue courante, de tout compte rendu détaillé). Tirer des bords, à la voile, suivre des routes successives sous des amures différentes. Virer de bord, changer de direction en faisant passer le vent d'un côté à l'autre par l'étrave. ● bord (homonymes) nom masculin (francique bord, bord d'un vaisseau) bore nom masculin bort nom masculinbord (synonymes) nom masculin (francique bord, bord d'un vaisseau) Partie de terre ferme contiguë à une étendue d'eau naturelle...
Synonymes :
- côte
- grève
Partie extrême d'une surface
Synonymes :
- côté
- extrémité
- lisière
- périphérie
Contraires :
Marine. Tirer des bords
Synonymes :
- tirer des bordées
Synonymes :
- Chapellerie. passe

bord
n. m.
rI./r
d1./d Extrémité, limite d'une surface. Le bord de la mer. Le bord d'un chemin.
Un verre plein à ras bord.
d2./d Ce qui borde. Un feutre à larges bords.
|| Ruban, galon sur le pourtour d'un vêtement.
|| Loc. adv. Bord à bord: en mettant les bords l'un contre l'autre, sans les superposer.
d3./d (Québec) Cour. Côté, direction (au sens large). Traverser de l'autre bord de la rue. Mettre un objet de l'autre bord, le retourner. De quel bord arrive-t-il?
|| Loc. Fam. Prendre le bord de, la direction de.
Prendre le bord: partir subitement, s'enfuir.
d4./d Loc. fig. Au bord de: très près de. Avoir un mot au bord des lèvres: être prêt à le dire. être au bord des larmes, de la tombe.
(Québec) être ou venir sur le bord de: être sur le point de (faire qqch).
|| Fam. Sur les bords: légèrement.
rII./r
d1./d MAR Côté d'un navire, d'un vaisseau. Faire feu des deux bords. Virer de bord: changer d'amures. Passer par-dessus bord: tomber à la mer.
d2./d Par ext. Le navire même. Dîner à bord. Livre de bord.
d3./d Fig. Parti, opinion. Nous sommes du même bord.
Virer de bord: changer de parti, d'opinion.

⇒BORD, subst. masc.
I.— MARINE
A.— [En parlant d'un navire et plus rarement d'une autre embarcation]
1. Extrémité supérieure du revêtement qui de chaque côté couvre la membrure (cf. bordage) :
1. Outougamiz saute par-dessus le bord de la pirogue. Mila se mit à nager de concert avec lui. Tantôt elle se balançoit lentement le visage tourné vers le ciel; vous eussiez cru qu'elle dormoit sur les vagues; tantôt, frappant de son pied l'onde élastique, elle glissoit rapidement dans le fleuve.
CHATEAUBRIAND, Les Natchez, 1826, p. 329.
2. — Capitaine, l'eau barrotte la cale. Dans dix minutes, l'eau sera au ras des dalots. Les passagers couraient sur le pont, éperdus, se tordant les bras, se penchant par-dessus le bord, regardant la machine, faisant tous les mouvements inutiles de la terreur.
HUGO, Les Travailleurs de la mer, 1866, p. 207.
3. Placés à l'arrière, des sous-officiers de confiance veillent de chaque bord...
J.-B. CHARCOT, La Mer du Groënland, 1929, p. 53.
Spéc. Le plat bord. Cordon supérieur qui se place à plat sur le bord du bâtiment (cf. PEISSON, Parti de Liverpool, 1932, p. 225).
Loc. Lancer, passer qqc. ou qqn par-dessus bord. Le jeter à la mer :
4. C'était un gamin de quatorze ans que les gardes-marine avaient découvert à fond de cale et amené au patron de la barque.
— Vingt coups de garcette, s'était écrié le capitaine, et flanquez-le-moi par-dessus bord!
CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 11.
P. métaph. Se débarrasser d'une personne importune (cf. BARRÈS, L'Appel au soldat, 1897, p. 469).
2. P. ext. Chaque côté d'un navire (cf. également bâbord et tribord) :
5. La pesée de la cargaison est effectuée contradictoirement, en présence du chargeur ou du destinataire et du marinier. Sur les trois échelles de jauge fixées sur chaque bord du bateau, on relève l'affleurement avant et après le chargement.
La Navigation intérieure en France, 1952, p. 18.
Loc. Virer de bord. Changer de direction pour un navire en prenant le vent du côté opposé à celui d'où il venait :
6. ... le Mandarin, qui avait laissé arriver vent arrière (...) vira de bord et approcha du port bâbord amures.
MAUPASSANT, L'Inutile beauté, Livre de bord, Paris, Libr. de France, 1935 [1890], p. 28.
Au fig. Changer de conduite, s'attacher à un autre parti (cf. G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, La Passion de Joseph Pasquier, 1945, p. 48).
Bord à bord. Locution adverbiale qui exprime la proximité de deux bâtiments (cf. VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 38).
Au fig. et poét. [En parlant de deux existences qui s'écoulent côte à côte] (Cf. FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 161).
Bord sur bord. [En parlant d'un bateau qui a un roulis continu] (Cf. MORAND, La Folle amoureuse, 1956, p. 27).
P. anal. [En parlant d'un avion qui se trouve en difficulté] (Cf. GIONO, Le Grand troupeau, 1931, p. 254).
P. métaph., iron. [En parlant d'un ivrogne] Louvoyer bord sur bord (cf. T. CORBIÈRE, Les Amours jaunes, 1873, p. 193).
Bord du vent. Bord d'où souffle le vent (cf. VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 2, 1868, p. 51).
Bord sous le vent. Côté du navire opposé à celui d'où vient le vent (cf. VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 39).
Bâtiments de haut bord. Bâtiments hauts sur l'eau qui naviguaient au long cours, par opposition à ceux de bas bord, ne s'écartant pas des côtes (nef, galère). Vaisseau de haut bord (CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 72).
P. métaph., iron. De qualité, de haute lignée.
SYNT. Un gourmand de haut bord (BALZAC, La Vieille fille, 1836, p. 332); un vicieux de haut bord (BALZAC, Splendeurs et misères des courtisanes, 1847, p. 279).
B.— P. méton.
1. Bateau. Monter à bord; se rendre à bord; coucher à bord.
SYNT. Silence à bord! (A. DAUDET, Le Petit Chose, 1868, p. 236); officier du bord (VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 31); vie de bord (A. DAUDET, Contes du lundi, 1873, p. 269); refrains de bord (A. DAUDET, Jack, 1876, p. 43); maître à bord (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 175).
Journal de bord. Cahier contenant le compte rendu de ce qui se passe à bord je repensai tout à coup au journal de bord de ces marins d' autrefois, (LOTI, Le Roman d'un enfant, 1890, p. 286).
♦ Loc. À bord de (une embarcation) :
7. Un signal de l'Astrolabe, qui m'apprenait que le feu était à son bord, me jeta dans les plus vives inquiétudes.
Voyage de La Pérouse, t. 3, 1797, p. 260.
8. Un soir pâle d'août, la lettre qui annonçait à Yann la mort de son frère finit par arriver à bord de la « Marie » sur la mer d'Islande.
LOTI, Pêcheur d'Islande, 1886, p. 173.
9. Je croyais qu'il pleurait l'un des siens, parent ou camarade; mais quand je l'interrogeai, il me répondit qu'il venait de signer son premier engagement, qu'il embarquait à bord d'un quatre-mâts, le schooner Markus qui allait charger du nitrate au Chili, qu'il n'avait encore jamais navigué et qu'il pleurait de frayeur.
CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 282.
Loc. fig. Avec les moyens du bord. En faisant appel aux seuls moyens que l'on a sous la main (cf. VERCEL, Capitaine Conan, 1934, p. 28).
Rem. On rencontre dans le lang. mar. les 2 subst. bord-contre et bord-droit cités dans la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe s. Naviguer à bord-contre ou à contre-bord, ou à bord-opposé, c'est faire route avec des amures différentes de celles d'un autre navire. Naviguer à bord-droit c'est couper à peu près à angle droit la route d'un autre navire. Noter également le subst. masc. bord-opposé signalé par Ac. Compl. 1842 et qui se dit ,,en parlant de deux bâtiments orientés sous des amures différentes, et laissant derrière eux le sommet de l'angle de leurs routes. Ces deux navires courent à bord-opposé``.
2. P. anal. [En parlant d'un autre moyen de locomotion : avion, locomotive, automob., etc.] Tout va bien à bord (SAINT-EXUPÉRY, Terre des hommes, 1939, p. 191).
Planche de bord, tableau de bord. Emplacement où sont regroupés les appareils de commande ou de contrôle :
10. La face noire du chauffeur luisait au-dessus du tableau de bord et souriait.
CAMUS, L'Exil et le royaume, 1957, p. 1655.
♦ Loc. À bord de. À bord des longs courriers (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 276); à bord des satellites (Hist. gén. des sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 167).
3. P. métaph. et fam. Être du bord de qqn, être du même bord. Partager habituellement les opinions de quelqu'un, d'une entité politique, sociale ou idéologique. De l'un et de l'autre bord (Mme DE CHATEAUBRIAND, Mémoires et lettres, 1847, p. 51); de notre bord (L. DAUDET, La Vie de Clemenceau, 1942, p. 23); gens du même bord (QUÉFFELEC, Un Recteur de l'île de Sein, 1944, p. 196).
Rem. À la limite cette expr. qui peut être sentie parfois avec une valeur métaph., n'a plus qu'une valeur expressive équivalente à des loc. plus abstr. du type de notre parti, de notre milieu :
11. D'un côté, il y avait Chautemps, Lévy-Dubois, le Crédit-Lyonnais (...) De l'autre bord, de l'autre bastion, il y avait Stavisky, Bonnet, Boncour...
L. DAUDET, La Police pol., 1934, p. 106.
II.— P. anal. Extrémité délimitant une surface (suggérant notamment une image de creux).
A.— Partie de terre ferme longeant et délimitant un espace rempli d'eau (mer, fleuve, rivière, lac, etc.). Bord du canal (Mme DE STAËL, Corinne, t. 3, 1807, p. 122); bord de la rivière (CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 97); bord de la mer (ZOLA, La Joie de vivre, 1884, p. 822) :
12. Quand tu t'ennuieras, viens me voir, ça te distraira, et tu verras comme je suis bonne fille. Si tu veux, un de mes jours de sortie, nous irons à la campagne, dîner au bord de l'eau, à Neuilly ou à Suresnes, et nous nous promènerons sur la rivière.
DU CAMP, Mémoires d'un suicidé, 1853, p. 119.
Absol. Revenir au bord, atteindre le bord, toucher au bord (cf. LAMARTINE, Raphaël, 1849, p. 150).
Loc., rare. [En parlant d'un cours d'eau en crue] À pleins bords (cf. MOSELLY, Terres lorraines, 1907, p. 96).
Au fig. Abondamment, sans restriction et sans obstacle. La remontrance débordant à pleins bords (BALZAC, Le Cabinet des antiques, 1839, p. 77); vie coulant à pleins bords (R. ROLLAND, Jean-Christophe, L'Adolescent, 1905, p. 267).
P. méton. et poét. Les bords. Contrée environnée d'eau ou environnant l'eau. Bords fortunés (CHÉNIER, Épîtres, 1794, p. 186); arides bords (CHÉNIER, Élégies, 1794, p. 95:
13. Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
HEREDIA, Les Trophées, 1893, p. 111.
En partic. [Pour désigner les Enfers] Sombres bords (L. DE FONTAINES, Œuvres complètes, t. 1, 1778-1821, p. 314); les bords de l'Érèbe (HEREDIA, Les Trophées, 1893, p. 46).
B.— Côté délimitant une route, un chemin, etc. Bord du chemin creux (BALZAC, Louis Lambert, 1832, p. 160); bord d'un champ (FLAUBERT, Un Cœur simple, 1877, p. 6) :
14. J'écris ceci, assis au bord d'une route, au-dessus de Vence, au retour d'une escalade hasardeuse.
GIDE, Journal, 1940, p. 23.
Rare et poét. Limite de l'horizon. Le bord du ciel (TAINE, Voyage en Italie, t. 1, 1866, p. 8); le bord tranchant de l'horizon (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 9).
P. ext. [En parlant d'un espace de temps] Le bord de la nuit. Le soir qui commence (cf. GIONO, Un de Baumugnes, 1929, p. 150).
C.— [En parlant d'une chose concr. : assiette, chapeau, table, etc.] Le bord de la robe (MONTALEMBERT, Histoire de Ste Élisabeth de Hongrie, 1836, p. 250); les bords du papier (PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 4, Les Exploits de Rocambole, 1859, p. 405); assiette à bords cassés (GIONO, Un de Baumugnes, 1929, p. 70) :
15. Le personnage, fort peu rassuré et tremblant de tous ses membres, s'avança jusqu'au bord de la table de marbre, avec force révérences qui, à mesure qu'il approchait, ressemblaient de plus en plus à des génuflexions.
HUGO, Notre-Dame de Paris, 1832, p. 27.
16. Il laissa glisser l'imperméable qu'il avait gardé sur ses épaules, le posa soigneusement par terre près de sa casquette, et s'avança jusque sur le bord de sa chaise, où il se tint le buste raide, les genoux joints.
R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, p. 89.
Rem. 1. À signaler le subst. masc. bordoir qui désigne en technol. une sorte de petite enclume dont se servent les ferblantiers pour rabattre les bords de la tôle (noté par Nouv. Lar. ill., QUILLET 1965). 2. Lorsque la réf. sém. à un navire est encore quelque peu consciente, bord peut prendre la forme du plur. pour désigner la totalité du pourtour : les bords d'un drapeau, d'une assiette; le sing. suggère un point partic. de cette totalité.
Spéc. [En parlant de l'orifice supérieur d'un récipient, le plus souvent d'un verre] Bord d'une citerne (FLAUBERT, La 1re Éducation sentimentale, 1845, p. 154); emplir son verre ras-bord (POURRAT, Gaspard des Montagnes, À la belle bergère, 1925, p. 29); broc rempli jusqu'au bord (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 176) :
17. La servante ayant obéi, le pauvre bohémien prit place, tout émerveillé de ces choses. Les verres furent emplis jusqu'au bord, et Fritz s'écria : — À la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable Dieu des bons cœurs!
ERCKMANN-CHATRIAN, L'Ami Fritz, 1864, p. 12.
Rare. subst. Rouge-bord,Verre de vin rouge rempli jusqu'au bord Ayant bu un rouge-bord et essuyé ses moustaches du dos de sa main terreuse, il sortait déjà vers la voiture. (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 216).
Pop. Être ras-bord. Avoir vidé plusieurs verres remplis ras bord, être ivre (cf. BERNANOS, Nouvelle histoire de Mouchette, 1937, p. 1276).
D.— [En parlant d'une partie du corps, en partic. des yeux ou des lèvres] Bord des cils (LAMARTINE, Jocelyn, 1836, p. 629); bord d'une plaie (HUGO, Han d'Islande, 1823, p. 151); bord des paupières (PROUST, Du côté de chez Swann, 1913, p. 233) :
18. ... elle [Mme Roland] essuya du bout de ses doigts une larme au bord de ses yeux...
MAUPASSANT, Pierre et Jean, 1888, p. 427.
Loc. Avoir les larmes au bord des yeux (cf. BÉGUIN, L'Âme romantique et le rêve, 1939, p. 377). Être au bord des larmes, être sur le bord des larmes (STENDHAL, Journal, t. 4, 1811-12, p. 94). Avoir un mot, une phrase, une idée sur le bord des lèvres. Être près de se souvenir de quelque chose (A. DAUDET, Jack, 1876, p. 197).
ANAT. Bord antérieur (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 238); bord postérieur (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 228); bord costal (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 242); bord supérieur; bord externe et inférieur (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 256); bord interne (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 280); bord osseux et cartilagineux (CUVIER, Leçons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 266).
E.— [En parlant d'une cavité, d'un précipice] Bord du précipice (DUSAULX, Voyage à Barège, t. 2, 1796, p. 188); bord du ravin (LAMARTINE, Les Confidences, 1849, p. 132); bord du vide (RAMUZ, Derborence, 1934, p. 40) :
19. Ces imprudences, cette ouverture de cœur, ces abandons téméraires, ces professions de foi, ce goût des sujets brûlants, toute cette apparente folie, n'est-elle pas le fait d'un homme qui, sachant la vanité des profonds calculs que le réel toujours déjoue, se fie à un instinct en lui — cet instinct des mules dans la montagne, lorsqu'elles longent en paix l'extrême bord de l'abîme?
MAURIAC, Journal 1, 1934, p. 80.
P. métaph. Pousser l'État au bord de l'abîme. Le mener à la ruine ils ont, à force de forfaits, compromis l' autorité, et poussé l' état sur le bord de l' abîme.(MARAT, Les Pamphlets, Offrande à la Patrie, 1789, p. 2). Être au bord du précipice, du tombeau. N'avoir que peu de temps à vivre :
20. Je suis allé (...) chez M. Daru. Je l'ai trouvé sur le bord de la tombe.
STENDHAL, Journal, t. 1, 1801-05, p. 75.
Rare, absol. Être sur le bord. Être mourant (P. VIALAR, La Mort est un commencement, Risques et périls, 1948, p. 165).
III.— Au fig.
A.— [En parlant d'une pers. qui souffre ou qui se trouve sur le point de tomber dans un grand malheur] Cette psalmodie vient le chercher jusque sur les bords du désespoir et le ramène au combat. (BARRÈS, La Colline inspirée, 1913, p. 109); je me sentais au bord de la détresse (G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, p. 30); Il est au bord de la folie (GUÉHENNO, Jean-Jacques, Grandeur et misère d'un esprit, 1952, p. 48) :
21. Il disait à voix basse : « Quelle vengeance! Quel raffinement de vengeance! » et nous restions tous silencieux, au bord de l'angoisse, car nous ne savions pas si notre père allait succomber à la colère ou laisser paraître ce léger sourire méprisant qui nous était ravissement et malaise.
G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Notaire du Havre, 1933, p. 48.
B.— [En parlant d'une action, d'un sentiment ou d'une attitude qui en sont à leur commencement] Être au bord de. Être prêt à... être sur le point d'avoir. au bord de la guérison (MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 384); bord de l'action, du sommeil, du laisser aller (MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 417, 436, 477); au bord de l'amour (GREEN, Chaque homme dans sa nuit, 1960, p. 350) :
22. « Tiens, voilà Micou II » raillait Paule en allongeant le bras par la fenêtre. Au bord de l'indignation, j'en rigolais comme d'une bonne blague.
H. BAZIN, La Mort du petit cheval, 1949, p. 153.
C.— Loc. fam. (apr. un adj. ou une expr. caractérisante; légèrement iron.) Sur les bords. Qui est un peu, qui a tendance à, si on y regarde bien :
23. Anne-Marie tenait bon; elle eût aimé, je pense, que je fusse une fille pour de vrai; avec quel bonheur elle eût comblé de bienfaits sa triste enfance ressuscitée. Le ciel ne l'ayant pas exaucée, elle s'arrangea : j'aurais le sexe des anges, indéterminé mais féminin sur les bords.
SARTRE, Les Mots, 1964, p. 84.
Péj. (fréq.). Faux jeton sur les bords (QUENEAU, Zazie dans le métro, 1959, p. 233).
Rem. Cette loc., très lexicalisée, qui n'a plus guère d'attache sém. avec les sens précédents, aurait pu être présentée en vedette autonome; on la maintient à cette place pour suggérer qu'elle pourrait avoir pour orig. l'image p. ex. des bords d'un navire ou encore d'un chapeau p. oppos. au navire ou au chapeau lui-même.
PRONONC. ET ORTH. — 1. Forme phon. :[]. LITTRÉ signale : ,,Le d ne se lie pas : un bor escarpé; l's, au pluriel ne se lie pas : des bor escarpés; cependant plusieurs font la liaison : des bor-z-escarpés.`` Enq. ://. 2. Homon. bore, bort.
ÉTYMOL. ET HIST. — A.— 1. Ca 1121 mar. « côté d'un navire » bord de la nef (Saint Brendan, éd. Suchier dans Rom. Studies, t. 1, p. 578, 1011); av. 1307 id. bort a bort (G. GUIART, Royaux Lignages, II, 9753 dans T.-L.); 2. p. ext. 1644 (CORNEILLE, Mort de Pompée, II, 2 dans LITTRÉ : Achillas à son bord joint son esquif funeste); 3. XVIIe s. fig. « parti » (Mme DE SÉVIGNÉ, 569, ibid.). B.— 1. 1160 « contour d'une surface » (B. DE STE MAURE, Troie, 23454 dans T.-L.); 2. 1174-77 « ce qui borde un puits, une fosse » (Renart, éd. M. Roques, branche 2, 3683); d'où fig. 1670 (RACINE, Bérénice, IV, 4 dans LITTRÉ : Vois-je l'État penchant au bord du précipice?); 3. av. 1307 « bande de terrain le long d'un cours d'eau » (G. GUIART, op. cit., II, 4602 dans T.-L.); 4. spéc. 1596 « étoffe, ruban dont on garnit le tour d'un vêtement » (HULSIUS, Dict. françois-alemand); d'où 1680 bord d'un chapeau (RICH.).
De l'a. b. frq. bord « bord d'un vaisseau » (GAM. Rom.2 t. 1, p. 346; FEW t. 15, 1, p. 180; BL.-W.5; DAUZAT 1968; EWFS2), que l'on peut déduire de l'a. nord. bord « bord, arête; bord de navire » auquel DE VRIES Anord. s.v. rattache l'a. sax. et le vieil angl. bord, le néerl. mod. boord, l'a. h. all. bort, de même sens. L'empr. à l'a. b. frq. s'est fait tout à fait indépendamment de celui de l'a. fr. bort « planche » à l'a. b. frq. bord « planche » (v. borde). Le rapport entre les 2 mots germ. est obsc., cf. les opinions divergentes de KLUGE20, s.v. Bord, de Sperber dans Wörter und Sachen, t. 6, pp. 44-46 et de FALK-TORP, p. 94 (cf. IEW t. 1, p. 138 qui semble enclin à rattacher les 2 prototypes à l'i.-e. bhrdho- « planche » [bheredh- « couper »]).
L'hyp. d'un double empr. : A terme de mar. emprunté au frq.; B emprunté au germ. (FEW t. 1, p. 438, s.v. germ. bord) fait difficulté, étant donné qu'aux sens A et B les corresp. rom. sont récents et empruntés au fr. : esp. borde dep. Nebrija 1493-5 (> cat., COR.); ital. bordo mar. XIVe s. terme gén. 1590 (DEI), port. bordo XIVe s. (MACH. t. 1); pour la même raison, l'empr. du fr. bord au germ. (aux sens A et B) (BRÜCH, p. 54; REW3, n° 1215) est à écarter. La forme de lat. médiév. borda (borda clavia [clavata] dans CGL t. 5, p. 596, 9, interprétée « bordure » par Kluge dans Archivum romanicum t. 6, p. 302) doit être considérée comme un hapax demeuré improductif.
STAT. — Fréq. abs. littér. :13 072. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 24 428, b) 14 744; XXe s. : a) 15 867, b) 14 069.
BBG. — DARM. Vie 1932, p. 143. — DE GOROG 1958, p. 65. — DUB. Pol. 1962, p. 34. — GOUG. Mots t. 1 1962, p. 212. — MARTIN (E.). S'il faut dire virer de bord ou virer le bord. Courrier (Le) de Vaugelas. 1875, t. 6, pp. 92-93. — RITTER (E.). Les Quatre dict. fr. Rem. lexicogr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 362.

bord [bɔʀ] n. m.
ÉTYM. 1112, bort; encore au XVIe; francique bord « bordage d'un navire »; bort « planche » viendrait soit d'un francique bord « planche », homonyme ou de même origine que bord « bordage », ou d'un germanique bord (F. E. W.), les rapports de ces mots étant incertains.
———
I Mar. et cour.
1 Extrémité supérieure de chaque côté du bordage d'un navire. Bordage; bâbord, tribord. — ☑ Loc. Navire de haut bord, haut sur l'eau; navire de bas bord (rare).Franc-bord du navire : partie située entre la ligne de flottaison et le pont supérieur. — ☑ Loc. cour. Jeter, lancer qqch., qqn par-dessus bord, à la mer.Mar. || Recevoir la mer de tous les bords, de tous les côtés, durant une tempête. || Rouler bord sur bord : éprouver un violent roulis. || Être bord à quai, quand l'un des côtés du navire touche à quai. || Navires bord à bord, côte à côte.
1 Et notre rat d'abord
Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.
La Fontaine, Fables, VIII, 9.
1.1 (…) ils construisirent des vaisseaux de haut bord qui firent pendant des siècles l'admiration de tous les marins du monde et dont Nelson disait qu'ils étaient les chefs-d'œuvre d'une main contrôlée par l'esprit.
Jean d'Ormesson, la Gloire de l'Empire, t. II, p. 404.
2 Les bateaux destinés au transport des animaux et des chars étaient accolés bord à bord.
Th. Gautier, le Roman de la momie, II.
2 Chaque côté du navire, considéré par rapport au vent. || Bord du vent, bord au vent : côté d'où / où souffle le vent. || Bord de sous le vent, sous le vent.
3 Distance parcourue par un voilier entre deux virements ( Bordée, 3.). || Courir, tirer un bord, des bords. Bordailler (vx), louvoyer. || Le bon bord : bordée qui rapproche le navire du but. || Le mauvais bord. || Le meilleur bord est celui qui rapproche le bateau du vent réel. || Bord au large, bord à terre, se dit d'un navire courant des bordées tantôt vers le large, tantôt vers la terre. || Bords plats, carrés, qui ne font pas progresser le voilier dans la direction du vent.
2.1 Le long des côtes marocaines, tout devient simple, clair, net : Joshua tire un bord vers la terre pendant la journée, un autre vers le large dès le début de la nuit.
Bernard Moitessier, Cap Horn à la voile, p. 64.
2.2 L'Ariel, après un long bord, vira et entama un nouveau bord qui l'obligeait à repasser devant nous.
Michel Déon, les Poneys sauvages, p. 263.
Loc. fig. Argot mar. Tirer des bords : marcher en titubant.Louvoyer bord sur bord (même sens). → Bordailleur, cit. (écrit bord-sur-bord).
4 Par ext. (surtout dans : le bord, à bord, du bord). Le navire. || Aller, rester, coucher à bord. || Monter à bord. Aborder; abordage. || Être maître à bord. || Seul maître à bord après Dieu. || Chef de bord. || Le capitaine du bord. || Changer de bord. Transborder. || Rallier le bord. || Quitter le bord, l'équipage. || Le chien du bord. Chien. || Prendre qqn à bord (ou à son bord).À bord !, ordre de retour au navire.
3 Le capitaine me prit à son bord avec mon domestique.
Chateaubriand, Itinéraire…, 6.
4 (…) l'ennui du séjour à bord, l'incommodité d'être bercé dans un lit mouvant comme par une nourrice en colère (…)
E. Fromentin, Une année dans le Sahel, p. 2.
5 Une heure encore avant le moment favorable pour rentrer à bord en évitant la surveillance des hommes de garde (…)
Loti, Aziyadé, XXI, p. 33.
Loc. Les moyens du bord : les moyens qu'offre la situation. || Se débrouiller avec les moyens du bord.
5.1 (…) les gens qui sont comme nous en ce moment devraient se retrouver automatiquement mariés, mariés devant le commissaire du bord, avec les moyens également du bord.
A. Blondin, Monsieur Jadis…, p. 158.
Journal, livre de bord : compte rendu de la vie à bord tenu par les officiers de quart. || Carnet de bord.
Tableau de bord : tableau réunissant les appareils de contrôle de la navigation.Par anal. Tableau réunissant les appareils de contrôle (d'une automobile, d'un avion, etc.).
5.2 Il profita d'un arrêt, se pencha sous le tableau de bord (de sa voiture) et finit la bouteille qu'il jeta dans le fossé.
G. Simenon, Feux rouges, 1953, p. 111.
Fig. || Passager par-dessus bord : passager clandestin, voyageant sans payer son passage.
À bord, se dit des avions, des voitures, de tout véhicule. || Conducteur à bord d'un cabriolet. || « (Le) mitrailleur à bord de l'appareil » (→ Chasseur, cit. 2). || Monter à bord d'un camion, d'un char. || Il y avait trois personnes à bord de la voiture.
5 (1849). Fig. || Du bord de (qqn).Nous sommes du même bord, du même parti, de la même opinion. || « Ses amis de bord opposé » (Sainte-Beuve).
5.3 Les écrivains de notre bord avaient tacitement adopté certaines règles.
S. de Beauvoir, la Force de l'âge, p. 528.
6 Mar. Virer de bord : changer d'amures.Fig. (Concret). Changer de direction.
6 L'âne vira de bord et repartit vers la montagne.
H. Bosco, l'Âne Culotte, p. 29.
(Abstrait). Changer de conduite, d'opinion.
———
II (XIIe).
1 Contour, ligne formant l'extrémité (d'une surface, d'un objet considéré dans sa surface). Bordure, côté, limite, périphérie, pourtour. || Un bord élevé, surajouté. Rebord.
(Dans la nature). || Le bord d'un champ, d'un bois ( Lisière, orée). Spécialt. || Le bord de la mer. Côte, grève, littoral, plage, rivage. || Route qui surplombe le bord de la mer. Corniche. || Passer ses vacances au bord de la mer. || Bord de mer. || Maison située en bord de mer.Poét. || Les bords : les régions en bordure de la mer. || Quitter ces bords. || Les bords méditerranéens. || Les bords d'une île, d'une région maritime. || « Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée » (→ Blessé, cit. 4, Racine). || Sans bords : qui se termine abruptement par un rivage (falaises, etc.) → aussi ci-dessous, 2., a., figuré.
7 L'honneur est comme une île escarpée et sans bords.
Boileau, Satires, X.
8 Ils allaient se trouver acculés au bord de la mer, et toutes ces forces réunies les écraseraient.
Flaubert, Salammbô, XII.
Spécialt, mar. (dans des expressions). Rivage, terre; côte. || Mettre à bord : arriver au port, accoster. Aborder; abord. || Suivre le bord, la côte.
Le bord d'un fleuve, d'une rivière. Rive; berge. || Habiter au bord d'un fleuve ( Riverain). || Couler à pleins bords (en parlant des eaux), en remplissant le lit du cours d'eau (→ ci-dessous À pleins bords 2., c.). || Le courant, la rivière a dépassé les bords. Déborder.
9 Que je repose en paix sous le gazon rustique,
Sur les bords du ruisseau pur et mélancolique !
M.-J. Chénier, la Promenade.
Le bord d'une route ( Côté), d'un fossé, d'un précipice.Le bord d'un puits. || Au bord, sur le bord (de…). || S'avancer avec précaution jusqu'au bord (d'une rivière, d'un ravin, d'un fossé…).
10 Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe (…)
La Fontaine, Fables, X, 15.
11 Sur le bord d'un puits très profond
Dormait, étendu de son long (…)
La Fontaine, Fables, V, II.
12 Avant de monter sur le char qui devait la ramener en arrière, la reine des Goths s'arrêta au bord de la route.
A. Thierry, Récits des temps mérovingiens, I.
(Objets matériels). Partie (d'un objet considéré dans sa surface) qui borde, limite. || Le bord d'un objet. Arête, contour, entourage, extrémité. || Le bord d'un tableau. Cadre. || Le bord d'un papier, d'un livre ( Marge, tranche), d'une assiette, d'un verre. || Un verre plein jusqu'au bord, à ras bord. || Un rouge (I., 3.) bord : un verre de vin rempli jusqu'au bord. On a écrit rouge-bord (→ ci-dessous cit. 14).Le bord d'une table, d'une chaise.Loc. || S'asseoir sur le bord d'une chaise, d'un siège.
13 Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siège (…)
La Bruyère, les Caractères (→ Articuler, cit. 6).
14 Un laquais effronté m'apporte un rouge-bord
D'un Auvernat fumeux, qui, mêlé de Lignage,
Se vendait chez Crenet pour vin de l'Hermitage (…)
Boileau, Satires, III.
15 (…) Musidora vient d'être apportée par Jacinthe jusqu'au bord de la baignoire.
Th. Gautier, Fortunio, 6 (→ Baignoire, cit. 1).
(1596). || Le bord d'un vêtement. || Bord ourlé, festonné. Bordé, frange, ourlet. || Bord effilé, effrangé. — ☑ Loc. adv. Bord à bord : en mettant un bord contre l'autre, sans les croiser. Adj. || Manteau bord à bord.
Spécialt (souvent au plur.). Partie circulaire (d'un chapeau) perpendiculaire à la calotte. || Chapeau à larges bords, à petits bords.
15.1 Deux hommes en chapeau à bords cassés (…)
René Fallet, le Triporteur, p. 424.
Bord gradué d'un cercle; bord observé d'une planète. Limbe.
Techn. || Le bord d'une cloche, partie sur laquelle frappe le battant.
REM. Lorsque le second substantif désigne un objet concret, bord peut correspondre à l'extrémité de sa surface (abstraitement) ou à une partie distincte de l'objet (le bord d'un puits : la margelle; → Bordure).
(Parties du corps). || Le bord des paupières, des yeux. || Les bords d'une plaie. || Conglutiner les bords d'une plaie.
16 Mes lèvres sont les bords d'une blessure brûlante.
Pierre Louÿs, Aphrodite, I, p. 23.
17 Il avait le bord des paupières avivé par une légère blépharite.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, III, IX, p. 116.
Spécialt. || Le bord des lèvres. Bout. || Mouiller, tremper le bord des lèvres dans une tasse.Loc. fig. || Au bord des lèvres.Avoir un mot sur le bord des lèvres, être sur le point de le retrouver, de le dire; avoir envie de révéler un secret (→ Sur le bout de la langue).Avoir l'âme, le cœur au bord des lèvres : se confier facilement. Épancher (son âme).
2 Loc. fig. a Poét. et vx. Les sombres bords : allusion au Styx; le royaume de Pluton. Enfer. — ☑ Abandonner ce bord, cette vie (→ ci-dessous, cit. 24).Le bord du tombeau : le moment de la mort (→ ci-dessous, cit. 19 et 23).
b Mod. || Être au bord de (qqch.), sur le bord de (qqch.), en être tout près (→ Être sur le point de…).Être sur le bord, au bord de la tombe, mourant.Être au bord du gouffre, du précipice, de l'abîme, en danger.Être au bord des larmes, sur le point de pleurer.Être au bord de la victoire, sur le point de gagner.Le pluriel aux bords de… (ci-dessous, cit. 18), sur les bords de… (cit. 19) est archaïque.
18 Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire,
Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire ?
Corneille, Sertorius, II, 2.
19 Sur les bords de la tombe où tu me vois courir (…)
Corneille, Œdipe, III, 2.
20 Jusques au bord du crime ils conduisent nos pas.
Racine, la Thébaïde, III, 2.
21 Vois-je l'État penchant au bord du précipice ?
Racine, Bérénice, IV, 4.
22 Les dieux nous ont conduits jusqu'au bord de l'abîme.
Fénelon, Télémaque, VII.
23 Cette bouteille donna la mort au pape, et mit son fils au bord du tombeau.
Voltaire, Essai sur les mœurs, III.
24 Faut-il sans boire abandonner ce bord (la vie) ?
Priez pour moi, je suis mort, je suis mort.
Béranger, Mort vivant.
24.1 Elle embrassait les mains de monsieur Blink qui semblait sur le bord d'une crise de nerfs.
Michel Tremblay, Contes pour buveurs attardés, in Littératures de langue franç. hors de France, p. 523.
c Loc. littér. ou vx. À pleins bords : en abondance (comme un liquide remplissant un récipient jusqu'aux bords); en se répandant abondamment (comme un cours d'eau plein jusqu'aux bords). → ci-dessus à pleins bords (en parlant d'un cours d'eau).
25 C'est l'orgie opulente, enviée au dehors,
Contente, épanouie,
Qui rit, et qui chancelle, et qui boit à pleins bords
De flambeaux éblouie !
Hugo, les Chants du crépuscule, 33.
26 La fraternité humaine dans le sens le plus large sortait à pleins bords de tous ses enseignements (de Jésus).
Renan, Vie de Jésus, XIV.
Au bord de… : tout près de…
27 Jean-Paul se sentit triste infiniment, au bord de cette petite âme douce qui l'aimait.
F. Mauriac, l'Enfant chargé de chaînes, p. 75.
d Loc. fam. (après un adj.). Sur les bords : à la limite, sans l'être totalement, foncièrement. || Un peu filou, un peu malhonnête sur les bords : d'une honnêteté douteuse. || Dis donc, par hasard, tu ne serais pas un peu communiste sur les bords ? (sans y paraître).
28 Un peu adultère sur les bords, mais bonne épouse, bonne mère.
S. de Beauvoir, les Belles Images, p. 85.
29 Faut pas pleurer, lui dit Gabriel. Il était un peu faux jeton sur les bords votre jules.
R. Queneau, Zazie dans le métro, Folio, p. 174.
30 Ah pauvre fou qui prends tout tellement à cœur. Si compliqué. Un peu persécuté sur les bords, reconnais-le (…)
N. Sarraute, Vous les entendez ?, p. 65.
CONTR. Centre, fond, intérieur, milieu.
DÉR. 1. Bordage, bordailler, bordée, border, bordereau, 2. bordier, bordure.
COMP. Aborder, déborder, rebord, transborder. — Franc-bord, plat-bord.
HOM. Bore, bort.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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